Le mardi 24 novembre à 10h, nous fûmes presque surpris de voir arriver le camion à l’heure pour nous livrer notre déménagement.
Toutes les hésitations et les regrets d’avoir fait parcourir 10 000 km à nos vieux meubles, pas si beaux que ça, s’envolèrent instantanément.
Nos tableaux, nos vieux canapés oranges, nos livres étaient enfin là et ce plaisir n’avait pas de prix. Idem pour les enfants passant d’un vieux jouet à un autre
en s’extasiant.
Notre maison reprenait donc forme petit à petit et notre appartement de Beyrouth apparaissait.
Dans la foulée on décidait d’acheter des plantes et autres décorations, donc nous voilà partis tous les 5 à « Home Center » le temple local de l’aménagement intérieur.
Après 3h un peu éprouvantes nous remplissons le 4*4 à ras bords, usés mais heureux, de pouvoir améliorer l’intérieur.
Rrrrr Rrrrr Rrrr, le Trooper peu enclin à ces festivités avait décidé de s’installer dans le parking du Home Center.
LE PROPHÈTE
On soupçonne les phares et donc la batterie d’être à la source. Au même moment un colombien arrive et voyant notre désarroi me propose ses câbles pour démarrer notre char.
Finalement je me dis que la vie n’est pas si injuste et que l’on rirait ce soir en pensant à l’anecdote.
Branchement de câble, Rouge sur Rouge Noir sur Noir, dans l’euphorie des vainqueurs sur la mécanique. Il démarre je me jette sur la clef et
Rrrr Rrrr Rrrr
30-0 pour le Trooper mais mon nouvel ami mécanicien a de la ressource et commence à tripatouiller le moteur, débranche des tuyaux, je démarre, il essaie, je redémarre il réessaie. Le verdict tombe: le carburant n’arrive plus au moteur.
Mon idole du moment n’arrête pas de me parler de « Bomba », la logique remplaçant mon pauvre vocabulaire j’en déduis que Bomba signifie bouchon et que je suis descendu trop bas dans le réservoir ce qui a entraîné des impuretés.
Pour achever de m’impressionner, il ouvre le capot de SA voiture, débranche un tuyau de l’innocent véhicule et ordonne à son épouse de démarrer.
Avec sa bouche il aspire du nectar à 95 octanes, revient à mon véhicule et injecte l’essentiel dans les entrailles de la mécanique. Démarrage, ma voiture tourne mais bien sûr celà ne dure pas.
L’ensemble paraît tant surnaturel que je me prend à douter du personnage, son insistance de cracheur de feu commence à me paraître suspecte.
Il continue avec sa « Bomba », je le crois d’autant plus que son diagnostic ne correspond pas à une grosse réparation. Il insiste encore et malgré mes remerciements mes explications sur mon assistance il tient à m’accompagner et résoudre le problème de la Bomba.
Avec une pince il va donc frapper le réservoir d’essence et comme un autre miracle, son intervention mécanique à l’air de satisfaire mon moteur qui démarre un petit peu.
Malgré ces petits succès il déclare forfait et explique qu’il faudra une aide plus sérieuse.
Exit donc du prophète et en même temps de Fabienne et des enfants qui prennent un taxi pour rentrer à la maison.
SURA
Notre assurance s’appelle SURA elle nous a été vendue à domicile par une « assesora » qui vend tout simplement de l’assurance.
Elle me l’avait présentée à l’époque comme étant tout simplement « la meilleure » me couvrant jusqu’au prix d’une navette spatiale et avec une assistance parfaite.
Evidemment mon portable n’a plus d’unités, il faut donc redescendre à Home Center, trouver un moyen de recharger, donner 10 000 pesos pour enfin pouvoir appeler le #888 qui devra me secourir.
Mon interlocuteur Arturo est un vrai pro, me propose directement la grua ou un technicien qui pourra transformer ma citrouille en carrosse. Encore confiant dans ma bonne étoile, on se demande pourquoi, je mise sur le technicien. Ce sera Léonardo et il arrivera 30mn plus tard.
Un Coca plus tard, Léonardo arrive avec une sorte de 504 break peinte aux couleurs oranges de l’assurance Sura, des vrais pros.
Je lui explique doctement qu’il y a un bomba dans mon réservoir mais mon effet reste limité il détourne pudiquement les yeux.
Il paraît moins efficace que le prophète, effectue à peu près les mêmes manipulations dans le désordre et sans le coup de l’essence.
Finalement je comprends que Bomba signifie « pompe » et non bouchon ce qui commence à m’inquiéter.
Je sens bien que son honneur est en jeu et qu’il aimerait bien me faire repartir, mais je sens aussi que mes chances diminuent exponentiellement avec chaque nouvel échec.
Cela lui fait mal mais il finit par m’expliquer qu’il ne peut rien faire et que ce soir ce sera la grua. Il appelle donc ses amis de l’assistance pour réquisitionner une dépanneuse.
LA GRUA
Pour gagner du temps je remplis deux caddies de plantes et envisage de repartir en taxi, mais Léonardo m’explique que le concessionnaire étant fermé ma citrouille serait raccompagnée à mon domicile et qu’elle irait se faire soigner demain.
Je retransvase pour la troisième fois l’ensemble des courses dans le Trooper, attendant Pedro, on m’explique gentiment que Pedro ne pourra pas rentrer dans le parking, qu’il faudra donc pousser mon Panzer jusqu’à la sortie. C’est pas trop grave les colombiens sont tellement gentils qu’ils se mettent à deux pour pousser mes 2 tonnes de ferrailles et mes 60kg au volant.
J’arrive finalement à la maison vers 9H00 où je suis évidemment réquisitionné pour mettre les plantes en pots.